Dans le lit vaste et dévasté
J’ouvre les yeux près d’elle ;
Je l’effleure : un songe infidèle
L’embrasse à mon côté.
Une lueur tranchante et mince
Échancre mon plafond,
Très loin, sur le pavé profond,
J’entends un seau qui grince...
*** — « Maman !... Je voudrais qu’on en meure. »
Fit-elle à pleine voix.
— « C’est que c’est la première fois,
Madame, et la meilleure. »
Mais elle, d’un coude ingénu
Remontant sa bretelle,
— « Non, ce fut en rêve », dit-elle.
« Ah ! que vous étiez nu... »
*** — « Enfin, puisque c’est Sa demeure,
Le bon Dieu, où est-Y ?
— « Chut, me dit-elle : Il est sorti,
On ne sait à quelle heure. »
« Et de nous tous le plus calé,
Je dis : Satan lui-même,
Ne sait en ce désordre extrême
Où diable Il est allé. »
En Arles. Dans Arle, où sont les Aliscams,
Quand l’ombre est rouge, sous les roses,
Et clair le temps,
Prends garde à la douceur des choses.
Lorsque tu sens battre sans cause
Ton cœur trop lourd ;
Et que se taisent les colombes :
Parle tout bas, si c’est d’amour,
Au bord des tombes.
L’Alchimiste. Satan, notre meg, a dit Aux rupins embrassés des rombières : « Icicaille est le vrai paradis « Dont les sources nous désaltèrent. « La vallace couleur du ciel « Y lèche le long des allées « Le pavot chimérique et le bel « Iris, et les fleurs azalées. « La douleur, et sa sœur l’Amour, « La luxure aux chemises noires « Y préparent pour vous, loin du jour, « Leurs poisons les plus doux à boire. « Et tandis qu’aux portes de fer « Se heurte la jeune espérance, « Une harpe dessine dans l’air « Le contour secret du silence. » Ainsi (à voix basse) parla Le sorcier subtil du Grand Œuvre, Et Lilith souriait, dont les bras Sont plus frais que la peau des couleuvres. *** Ô Diane, ô nuit pure où chante un rossignol, Ô belle, nue et blanche, en ce lit espagnol. (cit. Paul-Jean Toulet "Les Contrerimes")
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